Lauréat du Prix Goldman pour l'environnement 2009 pour l'Afrique
 

SOUS EMBARGO JUSQU'À 12H 01, LE 19 AVRIL 2009 (HEURE DE LA CÔTE PACIFIQUE) / 7H 01, LE 19 AVRIL 2009 (HEURE DE GREENWICH)

MARC ONA ESSANGUI
Libreville, Gabon

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Au Gabon, un pays qui ne se vante pas particulièrement d'engagement civique, Marc Ona a pris la tête d'un mouvement visant à exposer publiquement des accords illégaux soutenant un énorme projet d'exploitation minière mené par la Chine. Ce projet posait une grave menace aux écosystèmes fragiles des forêts tropicales du Gabon. L'initiative d'Ona a abouti à une victoire sans précédent pour la société civile gabonaise : le gouvernement a adopté de nouvelles réglementations sur le contrôle de l'environnement et a significativement réduit l'envergure de la concession minière.

Gabon à vendre
Le Gabon fait partie de la forêt tropicale du Bassin du Congo, la deuxième plus grande étendue de forêt tropicale au monde. Son parc national, Ivindo, couvrant 3.000 kilomètres carrés a été établi en 2002, lorsque le président du pays, Omar Bongo, qui est le chef d'état africain au règne le plus long, à la tête du gouvernement depuis plus de 40 ans, a désigné 11 % du territoire du Gabon en tant que parc national. Les Gabonais adorent ce parc qui présente une grande biodiversité et des espèces endémiques, dont des populations d'éléphants de forêt, de gorilles de plaine de l'ouest, de chimpanzés et de buffles de forêt. Le parc comprend également les chutes de Kongou et de Mingouli, les cascades les plus admirées des forêts équatoriales africaines, attirant des touristes de tous les pays du monde dans cette partie rurale de l'Afrique Occidentale.

Toutefois, depuis 2002, l'intégrité du système de parcs nationaux a été fréquemment menacée par l'extraction des ressources et le développement d'une infrastructure. La proposition la plus dangereuse est le projet d'exploitation de la mine de Bélinga, un projet de 3.5 milliards de dollars qui comprend une mine, un barrage, un chemin de fer et un port en eau profonde.

Tout au long de la mise au point du projet, les parties associées à la mine de Bélinga ont tenu des négociations secrètes. Les communautés en cause n'ont pas été consultées et ne réalisent pas l'impact potentiel que le barrage et la concession minière auront sur leur environnement. En Juillet 2007, la société chinoise, CMEC, a commencé à construire une route traversant directement le parc national Ivindo jusqu'aux chutes, en violation flagrante du Code de l'environnement du Gabon. L'impact sur l'environnement n'a pas été évalué. Un projet de cette envergure dans un parc national a de lourdes conséquences sur la totalité des efforts de conservation du Gabon, pouvant mener à la déclassification du système de parcs nationaux ainsi qu'à l'exposition d'écosystèmes vulnérables à l'exploitation forestière et à d'autres industries destructives.

Ce projet met l'accent sur les inquiétudes croissantes pour la sécurité environnementale liées aux investissements de la Chine dans la région. De nombreux gouvernements africains se laissent prendre par la méthode sans condition des Chinois qui offrent de l'aide ou des prêts non liés aux exigences de bonne gouvernance, de transparence ou d'améliorations des droits humains que demandent souvent les gouvernements occidentaux.

Réclamation de transparence
Marc Ona Essangui, âgé de 45 ans, est le président et fondateur de l'ONG environnementaliste Brainforest et le président du réseau d'ONG appelé Environnement Gabon. Se déplaçant en chaise roulante à la suite d'une poliomyélite infantile, Ona travaille également sur les droits des personnes handicapées et l'accès à Internet pour les Africains.

Dans un pays qui encourage le développement reposant sur des investissements étrangers, Ona est une voix infatigable pour la protection de la forêt et de ses habitants. En 2007, Ona trouva un exemplaire divulgué de l'accord sur le projet Bélinga entre le gouvernement et la société chinoise. Jusqu'à lors, les termes du contrat avaient été dissimulés aux Gabonais. Le contrat déclarait que le Gabon ne recevrait que 10 % des profits de l'exploitation minière alors que le consortium chinois, CMEC, recevrait un allégement fiscal pendant 25 ans.

Ona et ses collègues ont à de nombreuses reprises réclamé une évaluation complète de l'impact environnemental du barrage en cause et suggéré un autre site hors du parc national contenant les chutes de Tsengué-Lélédi, où selon leurs arguments la construction serait moins chère et le résultat plus avantageux pour les communautés locales. Ils ont également débattu que la concession minière de Bélinga de 7.700 kilomètres carrés serait excessive et aboutirait à des effets désastreux sur l'environnement. Brainforest et Environnement Gabon se sont unis pour informer les communautés locales de leurs droits.

En réponse aux initiatives d'Ona, le gouvernement est en train de réévaluer l'envergure de l'exploitation de Bélinga. La superficie affectée par le barrage a été substantiellement réduite de 7.700 à 600 kilomètres carrés. La route qui devait traverser le parc Ivindo a été déviée et passe par une zone moins protégée. De plus, le président Bongo a accepté d'inclure deux représentants d'ONG locales d'Environnement Gabon dans le comité de suivi environnemental et social du projet.

Sous haute surveillance de la part d'Ona et de la Banque mondiale, le Gabon a renégocié le contrat d'exploitation minière selon des termes plus favorables en mai 2008. Toutefois, le projet est actuellement en attente et il n'est pas clair que le gouvernement gabonais continuera à répondre aux demandes de transparence et de responsabilité environnementale.

Un joug sur la société civile
En faisant campagne pour attirer l'attention sur des problèmes environnementaux et sociaux, Ona confronte des risques personnels considérables. En janvier 2008, le ministre de l'Intérieur a suspendu les activités de la coalition d'ONG qu'Ona avait coordonnées sous prétexte que, « les ONG locales interfèrent avec la politique ». En réponse à de nombreuses protestations, le ministre a interrompu la suspension. En mars 2008, une effraction du bureau de Brainforest a abouti à la perte d'informations délicates liées au projet Bélinga. Ona et sa famille ont récemment été expulsés de chez eux sous motif que le propriétaire se trouvait à trop grands risques en hébergeant un activiste. En 2008, la police fédérale a refusé trois fois de laisser Ona voyager à l'étranger, sans explication. En décembre 2008, Ona et plusieurs autres leaders de la société civile ont été arrêtés et détenus sans charge et sans accès à un avocat dans des conditions déplorables dans une cellule en sous-sol pendant cinq jours. Ona a été ensuite envoyé en prison et accusé de possession de documents prétendument destinés à la diffusion et à la propagande avec intention d'incitation à la rébellion contre les autorités gouvernementales, une accusation qu'il nie avec véhémence. À la suite de rapports des médias sur cet arrêt illégal publiés dans des journaux en Afrique, en Union Européenne et aux États-Unis, le gouvernement a libéré Ona, mais les accusations n'ont pas encore été levées.

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